« Condorcet », une réinvention

Entre la rue Condorcet, les rues du Faubourg-Poissonnière et Pétrelle, l’îlot Condorcet (Paris 9ᵉ) est un site emblématique de l’histoire énergétique dans la capitale. Pendant plus d’un siècle, il a accueilli le siège des entreprises gazières parisiennes, jusqu’au récent départ de GRDF.

Son histoire remonte à la seconde moitié du XIXᵉ siècle. À cette époque, la Compagnie Parisienne d’Éclairage et de Chauffage par le Gaz (CPCG), principal opérateur de l’éclairage au gaz de la capitale, moteur du progrès industriel et urbain, acquiert des terrains dans le quartier. À partir de 1876, elle y fait édifier son siège social ainsi que plusieurs bâtiments administratifs et techniques. L’architecte de la compagnie, Léon-Armand Darru, conçoit un ensemble mêlant immeubles de bureaux, halls industriels et bâtiments de service, organisé autour de cours intérieures et de verrières métalliques.

Après la nationalisation du secteur gazier en 1946, le site devient l’un des sièges historiques de Gaz de France (GDF). En 2008, lors de la création de GRDF comme gestionnaire du réseau de distribution de gaz, l’îlot Condorcet demeure le siège de l’entreprise. Une importante réhabilitation est réalisée autour de 2010-2012 afin de moderniser les bâtiments tout en préservant les éléments patrimoniaux remarquables. Début 2025, les fonctions centrales de GRDF quittent Condorcet pour le nouveau siège de Saint-Denis.

C’est alors que SFL, nouveau propriétaire de l’ensemble, lance une des plus vastes opérations de restructuration qu’il ait menée. Le projet, complexe et global, articule conservation patrimoniale et construction contemporaine, environnements de bureaux multiples, logements étudiants, commerces de rez-de-chaussée… le tout réorganisé autour d’un cœur d’îlot ouvert et renaturé. La foncière demande à MA de l’accompagner dans une réflexion programmatique originale anticipant les aspirations émergentes des entreprises et de leurs collaborateurs : réenchantement du bureau face au télétravail, attractivité et praticité des services, réappropriation des espaces extérieurs, connexion à la vie urbaine…

Le travail va porter très vite sur la différenciation des immeubles de bureau et de leur statut, réinterprétée dans le projet de Franklin Azzi. Pour le bâtiment A, au prestige néo-classique affirmé, un utilisateur unique ou un partage restreint, revendiquant le confort intemporel de bureaux cloisonnés. Il fera l’objet d’une rénovation vouée à révéler des espaces et des décors exceptionnels. En termes d’espace de travail, les bâtiments C et D forment, avec lui, une sorte d’antithèse : plateaux ouverts et différenciés, multi-utilisateurs, ruche animée peu conventionnelle. Pour eux, restructuration lourde et reconstruction partielle.

Le cœur d’îlot, les cours et les passages qui le traversent, sont l’autre réalité de Condorcet. Ce ne sont pas de simples abords ou accès, mais l’âme du lieu encore masquée par une extrême minéralité, renforcée par la présence incongrue d’un stationnement de surface. La réinvention de Condorcet se joue clairement dans la réappropriation de cet espace intérieur ouvert, libéré et renaturé. Le végétal reprend ses droits pour rafraîchir et humaniser des passages désormais animés de services : cafeteria, fitness, restaurant, commerces à double devanture. Urbain de naissance, l’ilot se tourne également vers les rues parisiennes qui l’entourent, s’intégrant à la vie locale d’autant plus facilement qu’il accueille également du logement, une résidence étudiante sociale attendue par la Ville de Paris, et quelques boutiques. Les utilisateurs des bureaux seront vite adoptés par le quartier.

C’est ce tout, intériorisé et ouvert, fonctionnel et vivant, que MA a dû contribuer à composer. Pour que chacun trouve sa place et son autonomie sans contraindre l’autre, pour qu’une dynamique parisienne de rencontres et d’interactions quotidiennes s’entretienne naturellement avec l’arrondissement. Cette alchimie n’a pu opérer concrètement qu’à travers une somme maîtrisée d’études, de demandes d’autorisation, de négociations, de conventions, de consultations, de désignations de maîtres d’œuvre et d’entreprises. Là était pour MA le défi véritable. D’ailleurs, quand l’entreprise générale, Fayat, a été retenue, c’est à un montant de marché correspondant au budget fixé par le maître d’ouvrage.

Photo © Potion Médiatique

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