L’îlot Condorcet est, en deux mots, un morceau de ville, à cheval sur les 19e et 20e siècles. Cela signifie que l’ambitieux projet parisien, dans lequel s’est engagé SFL, porte non seulement sur une étendue inhabituelle, presque un hectare, mais sur un bâti construit au long des décennies et non sur une même période. Le foncier sur lequel il s’est développé à partir de 1860, est lui-même un puzzle patiemment constitué. Parcelles faubouriennes dont les immeubles, ateliers et jardins ont été progressivement grignotés par leur nouveau propriétaire unique de l’époque, la Compagnie parisienne du gaz.
L’étude de Grahal, commanditée par SFL en amont du projet, permet, ensuite, de reconstituer les étapes de la construction. Une composition sédimentée par ajouts et transformations successives jusqu’à constituer un imposant ensemble immobilier aux styles hétérogènes, mais uni par un siècle d’histoire. Perpétuellement, les architectes mandatés par les compagnies gazières successives* ont remanié, étendu et densifié le siège administratif et les bâtiments techniques à périmètre constant. Fait extraordinaire, les campagnes constructives, longues d’une ou deux décennies en général, sont quasi ininterrompues : 1840-1855, 1860-1885, 1890-1914, 1920-1930, 1950-1952. Un chantier permanent, expression forte du principe actuel d’évolutivité du bureau…
Si aucun des bâtiments n’est concerné par l’échelle des protections patrimoniales Monuments historiques, tous ont des qualités décoratives ou stylistiques, constructives ou volumétriques qui donne à chacun un intérêt bien particulier, un potentiel aussi. En premier lieu, l’étonnant hôtel particulier, de Léon-Armand Darru, organisé autour d’une vaste cour d’honneur, dans un style néo-Louis XIII, mêlant brique et pierre, toiture en ardoise, aux spectaculaire espaces de représentation… que le projet de Franklin Azzi destine à renouer avec ses origines… celui d’un siège d’entreprise.
Complétés ponctuellement de constructions contemporaines, les différents degrés de la renaissance patrimoniale ont été combinés dans Condorcet : restauration, rénovation, restructuration lourde…
Techniquement, MA les avaient tous pratiqués jusqu’ici à travers de multiples projets souvent exceptionnels eux aussi : Louvre St-Honoré, toujours pour SFL, le 52 Monceau pour BNP Reim, château de Groussay (78), Académie de la Grande chaumière (Paris 6e), ferme de la Magdeleine (78) pour un même investisseur privé…
C’est davantage sur un plan programmatique – ici diversifié, avec bureaux, logement étudiant, commerces, services aux entreprises — que l’opération vient confirmer une de nos plus profondes convictions : le patrimoine immobilier et urbain ne doit pas être regardé sous le seul angle de la préservation esthétique et matérielle. Il est juste de l’appréhender aussi sous l’angle d’une réappropriation et d’une réinvention dynamiques. Un domaine dont nous n’avons pas fini d’explorer les potentialités. L’approche 360° du produit immobilier qui est la nôtre, nous y aide pourtant clairement, comme nos clients. Elle incite et s’applique tout particulièrement à la réinvention sans limite des constructions du passé, en osant une forme d’intemporalité.
* Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz (XIXᵉ siècle), Gaz de France à partir de 1946 et, enfin, GRDF, qui y a installé son siège jusqu’à son départ en janvier 2025